Saint-Denis. Qui sont vraiment les résilientes ?

A Saint-Denis un collectif féministe est né. Il se nomme « les résilientes, Nous Sommes Leurs Voix »

Au premier abord, on pourrait se dire que c’est une très bonne chose, tant de choses restant à faire sur la question des droits des femmes.

Pourtant, à y regarder de plus près, cela soulève certaines questions.

Ce collectif reprend à son compte le slogan — « Nous sommes leurs voix » —d’un autre collectif créé au niveau national afin de soutenir les femmes qui, en Iran principalement, décident de ne plus porter le voile. Ce collectif a raison de se faire la voix des femmes qui ne souhaitent pas suivre les diktats du régime ultraconservateur iranien.

Mais en créant à Saint-Denis une association portant ce nom, l’idée est-elle de dire qu’ici, finalement, c’est déjà l’Iran ? Que cette ville, notre ville, selon la thèse de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, est sous péril islamiste ? Hélas, la volonté affichée des fondatrices de ce collectif de lier leur mobilisation locale « à ce que vivent les femmes dans d’autres pays comme l’Arabie saoudite ou l’Iran », ne peut que laisser craindre cela.

Un tel point de vue est par ailleurs totalement indécent, car les femmes iraniennes risquent la prison ou pire quand elles osent se dévoiler !

Faire un lien, ne serait-ce qu’implicitement, entre la France et des pays dictatoriaux minimise ainsi le sort réservé à ces femmes qui méritent tout notre soutien.

Les femmes musulmanes de Saint-Denis, dans leur immense majorité, exercent leur religion sans contrainte et sans demander la permission à des féministes qui souhaitent leur dire ce qui est mieux pour elles. Les femmes en France n’ont pas besoin qu’on « soit leur voix », mais plutôt qu’on les écoute et qu’on les accompagne.

En situant leur action « dans les quartiers » et dans le « quotidien », les fondatrices du collectif qui vient de se créer se posent en recours inédit pour celles qui seraient « désespérées des institutions ». Mais le combat contre « les injustices, les conservatismes et les systèmes patriarcaux qui oppressent les femmes » ne les a pas attendues pour exister dans nos territoires ! Un exemple parmi d’autres : les Femmes en lutte 93 œuvrent depuis longtemps pour un féminisme populaire et multiculturel, visant l’autonomie des femmes, et qui les rassemble toutes au-delà de leurs différences.

L’article du JSD ne donne pas en entier la « profession de foi » de ce nouveau collectif. C’est dommage. En attendant, nous resterons extrêmement vigilants vis-à-vis des ses actions, de ses positionnements idéologiques, et des tentatives de manipulation politique auxquelles il s’expose.

 

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