Une élue PS de Saint-Denis veut plus de blancs et moins de femmes voilées

Laïcité pour les nuls

La Laïcité pour les nuls

On se souvient tous de la sortie de Manuel Valls sur les « blancs, les white et les blancos ». A l’époque, ces propos avaient choqué, ce qui n’avait pas empêché le futur Premier ministre de les assumer.

Même Faouzi Lamdaoui, à l’époque membre du Conseil national du PS avait qualifié ces propos de « dérapages scandaleux ». 

Une élue PS de Saint-Denis, Alice Rascoussier, adopte le même discours.

Dans une entretien à un site internet appelé NewVoRadio, le journaliste lui pose quatre questions :

1 – Pouvez-vous vous présenter ?

2 – D’où vient votre engagement politique notamment à Saint-Denis

3 – Quel est votre rôle dans l’opposition ?

et enfin

4 – Pour vous, à Saint Denis, comment vivez-vous les questions de laïcité et de vivre ensemble ?

Oui on peut se demander comment est arrivée cette question.[1] En tout les cas, poser la question laisse penser aux lecteurs qu’à Saint-Denis, la laïcité et le vivre ensemble sont en danger.

Dans la réponse à cette quatrième question, elle répond notamment :

« En maternelle le mélange se fait assez bien mais dès le primaire la plupart des parents qui en ont la possibilité dans notre ville choisissent le privé. C’est presque un choix militant que de laisser ses enfants dans le public. Les miens ont donc souvent été les seuls « blancs » dans leur classe, ce qui pose le problème de la mixité. »

Ou encore :

« La question de la religion vient très vite chez les petits car ils se posent des questions sur la vie, la mort, ce qui est juste ou pas. Ils sont très influençables et c’est toujours désarmant d’entendre son enfant dire qu’il sera « puni par dieu », qu’il ne doit pas manger de porc ou autre alors qu’il ne s’agit pas de votre culture. Je pense aussi à cette maman d’élève qui s’était permis de me dire dans une réunion de parent d’élèves qu’il ne fallait pas introduire la politique dans l’école alors qu’elle portait le voile…personnellement je ne me sentais pas représentée par elle, la religion instaure des barrières entre nous. Devons-nous accepter que des mamans portent le voile au sein des établissements scolaires ? C’est une question délicate car nous touchons aux libertés individuelles. La religion est une question intime et devrait le rester. »

A la question sur les femmes voilées à l’école, il faut être précis. La loi interdit le voile aux agents du service public, les mamans ne sont donc pas concernées. Mais Alice Rascoussier semble décidée à interdire le voile partout et pour toutes. Y compris dans la rue et dans l’espace public.

Même Caroline Fourest est favorable à ce que les mamans voilées accompagnent les enfants lors des sorties scolaires. On peut s’interroger sur le fait d’être aussi allergique à la présence de personnes non blanches, et à la présence de femmes voilées. La laïcité n’est pas la neutralité, et les religions comme toute opinion ont le droit de se manifester dans l’espace public, la limite étant le prosélytisme.

En effet comme le souligne une note d’orientation de l’Observatoire de la laïcité :

« Interdire tout signe religieux dans l’espace social serait une atteinte à la liberté de religion, en tant que cette interdiction s’opposerait à une pratique religieuse qui ne limite pas la liberté des autres. Il convient dès lors de soigneusement distinguer le trouble objectif à l’ordre public qui constitue une limite légale aux pratiques religieuses, d’une perception subjective qui ne saurait en tant que tel justifier une atteinte à cette liberté. »

En filigrane, le discours qui est développé est celui de la mixité sociale. Mise à toutes les sauces, elle vise surtout à démontrer que les difficultés accumulées dans les quartiers sont d’origines ethniques – raciales diront certains – alors que le problème est économique et social.

Au final on passe de la question sociale à la question raciale.[2]  A la fin de son entretien Alice Rascoussier affirme qu’elle ne veut pas « de cette mauvaise image que les médias veulent nous coller. »

Ce qui semble moins la déranger c’est de donner de Saint-Denis une image fantasmée.

 

[1] Après quelques recherches on s’est aperçu que le responsable du blog n’est autre que Slimane Tirera, militant PS d’Epinay-Sur-Seine et soutien de …. Manuel Valls.
D’ici à ce qu’Alice Rascoussier ait fait les questions et les réponses..

[2] Lire à ce sujet cette tribune d’Eric et Didier Fassin qui traite bien de ce sujet et de « la tentation de mettre les inégalités sociales sur le compte de différences culturelles – du moins lorsqu’elles affectent des immigrés ou des minorités. »

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4 réponses à Une élue PS de Saint-Denis veut plus de blancs et moins de femmes voilées

  1. Darwich dit :
    L’anonymat est un choix tout comme par ailleurs le font d’autres sur la ville quand ils clouent certaines personnes au pilori. Pas de repiquage mais uj article de fond et sourcé.
  2. Darwich dit :
    Pour nous la question n’est pas la couleur de peau, surtout dans une ville aussi diverse que la nôtre. Attaquons nous aux vrais problèmes, chiche !
  3. Gil PERNOT dit :
    Pas très clair…
    Qui finalement est l’auteur de cet article non signé…?
    Est-ce un simple « repiquage » ?
    Je ne défendrai certainement pas cette élue locale…
    Pas plus que je n’aime « Même Caroline Fourest est favorable [aux mamans voilées] »

    Si ce n’est pas en filigranne une stigmatisation, un pointage du doigt…
    Et pourtant, je ne suis pas un fan abruti de la Dame !
    Pas plus d’ailleurs que de n’importe quel communautarisme !

  4. aziyade dit :
    je vous trouve très tranchés alors que cette gene est perceptible même chez des personnes d’origine musulmanes qui ne reconnaissent pas la religion de leurs parents – si vous voulez rester sourd à celà – libre à vous – la religion doit rester une affaire privée et nous ne devons pas subir l’affichage d’une d’une idéologie religieuse dans l’espace public – la foi est de l’ordre de l’intime mais visiblement mes propos vont etre traités d’islamophobes – ce que dit cette élue est la réalité de beaucoup de quartier – les difficultés sont sociales certes mais la ghettoïsation entraine de fait aussi des difficultés entre les communautés. Faire semblant que çà n’existe pas relève du refus d’ouvrir les yeux sur les pressions religieuses dans nos quartiers qui rendent la vie difficile mais encore faut-il avoir envie vraiment d’en parler et de ne pas l’occulter

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